Fahrenheit 451

Publié le par Nectaire Tempion

 « On dit quelque chose pour obtenir un certain résultat ». Cette forte parole est due à un pro de la com : le Dr Goebbels.

En tant  que de besoin, « Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours… Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai dans l’occasion ». C’est de Voltaire, dans une lettre à Thériot, du 21 octobre 1736 (cité dans « Voltaire méconnu », par le Pr Xavier Martin, DMM 2006, p. 22).

A l’adresse de ses calomniateurs, Maurras pesta : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ».

Justement.

Mais pesez vos mots, qui doivent être ordonnés à votre objectif. Cela dit,

« Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous feront blanc ou noir » .

(Blanc ou noir : le fabuliste était raciste).

Selon que vous serez Hortefeux ou Langlade, un écart de langage, d’ailleurs plus caractérisé chez le premier, ne sortira pas, à votre détriment, les mêmes effets : ou bien vous saquerez, ou bien vous serez saqué.

 Chacun conçoit que la liberté d’expression, quand d’autres l’exercent, peut sembler incongrue, voire choquante, alors que l’on n’est pas visé. J’abandonne sereinement l'œuvre d’Hélène Cixous à la « critique des souris » (Marx). En revanche la vieille propagande sur le prétendu racisme d’Hergé me met de mauvais poil car, Tintin, je l’ai lu. Ce serait pire si j’étais concerné. Voltaire, encore lui, usa plus d’une fois de ses belles relations pour faire mettre au frais de pauvres bougres qui lui avaient manqué d’égards.

Toutefois, s’il avait le bras long, il ne tenait pas le gros bâton. Or, l’un des agréments du pouvoir est d’en mésuser. Mais ceux qui le subissent feront sagement de le craindre.

En -213, le redoutable Ts’in Che Houang-ti, dont les confucéens, on les comprend, écrivirent la biographie sans aménité, ordonna, sous les peines les plus persuasives, la destruction des livres, sauf l’histoire  de sa dynastie et les ouvrages techniques, de divination, notamment. Las, les lettrés connaissaient les classiques. En -212, le tyran en fit enterrer vifs 460. En -210, il rendit l’âme au juge des enfers chinois. Mais il s’était fait réserver un exemplaire des textes interdits. Las, en -206, le chef rebelle Hiang Yu  bouta le feu à Hien Yang,  la capitale de Ts’in Che Houang-ti ; « on y incendia la bibliothèque de l’Empereur, celle qui contenait, précisément, tous les exemplaires censément uniques  des livres condamnés » (Etiemble, « Confucius », édition revue et augmentée d’un chapitre, Gallimard,1986, pp. 179-180). « Censément » ouvre la porte à une estimation minorée du désastre.

 En 642, le calife Omar aurait (au conditionnel car c’est controversé) donné l’ordre de détruire la bibliothèque d’Alexandrie, au motif que, de deux choses l’une, ou bien les textes qu’on y conservait disaient la même chose que le Coran, et alors ils étaient inutiles, ou bien ils disaient autre chose, et alors ils étaient nuisibles.

Il m’est agréable de rappeler que Savonarole, qui vouait au bûcher les livres et les œuvres d’art d’autrui, périt de la même façon. Puissent tous les vandales subir un sort semblable !

Vint Locke, qui recommanda la tolérance réciproque… entre les protestants de diverses obédiences. Vint la « Glorious Revolution » (en réalité une heureuse négociation), qui déboucha sur deux siècles de splendeur anglaise, dont un de prépondérance britannique. Vint le premier amendement de la Constitution fédérale des Etats-Unis d’Amérique du Nord, qui reconnaît la liberté religieuse (Vatican II s’y est rallié). Ce fut le triomphe de l’Occident. Si l’Occident vous donne des boutons, ne vous y établissez pas. Mais si vous y prenez vos aises, acculturez-vous, s’il vous plaît. Vous n’êtes pas en pays conquis et quand bien ce serait, les Grecs n’ont-ils pas civilisé leurs barbares vainqueurs ?

Et, de grâce, foutez-nous la paix avec « Tintin au Congo » !

Maintenant, si vraiment un avertissement sur la couverture peut vous faire plaisir, en voici un :

Attention ! cet album dilate la rate

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