Pourquoi Pirée?

Publié le par Nectaire Tempion

 « Le Pirée est un porc » (Jérôme Leroy).
      Loin de moi l’idée d’occulter mes accointances avec le savoureux animal que Grimod de La Reynière avait, je crois, introduit dans ses armes. Je lui ai même rendu un hommage bachique dans un exercice de versification au contenu convenu :
 
Tout  pour  la tripe
 
Rares, les picaillons ?
N’en ayons point de rogne !
    Rimaillons     
En haillons !
 
 J’aime le sort du con
Qui boit comme un ivrogne.
Déniaisons
Le flacon !
 
Sans phrase , dénions
Le droit à l’existence
A la bête qui grogne,
Conduite à l’abattoir.
 
Et foin du curaillon
Qui prêche l’abstinence !
Loin de son goupillon,
Sans cas de conscience,
Emplissons-nous la panse !
 
Durillon
De comptoir
Et trogne
Sans vergogne,
Ripaillons
De rillons.
 
Puis, plein comme un boudin,
Sans penser à demain,
Par un bon roupillon,
Cuvons notre bourgogne.
 
      Sachez apprécier, sans modération, la portée philosophique de ce beau poème!
      On pense ici au Tchouang-tseu (traduction Jean Lévi) :
     «  Entendant le sacrificateur revêtu de la robe noire de cérémonie, debout devant l’enclos à cochons, déclarer à sa victime :
    "La mort n’a rien de terrible. Tu es engraissé durant trois mois, puis après dix jours d’abstinence et trois jours de jeûne, je dispose proprement tes épaules et tes cuissots sur une belle natte de jonc blanc et place le tout sur une crédence sculptée. Es-tu prêt ?", on se dira, songeant à l’intérêt du porc : “ Ne serait-il pas  mieux pour lui de rester dans sa bauge à se goinfrer de détritus ?“ Mais dès qu’il s’agit de soi-même, on fera tout pour se voir affublé d’un bonnet de fonctionnaire de son vivant et reposer dans un double cercueil trônant sur un riche catafalque à sa mort. Ce qu’on refuse pour le bien des porcs, nous sommes prêts à l’accepter pour nous-mêmes. Mais en quoi notre vie diffère-t-elle de celle d’un pourceau ? »
 
      On ne tient pas assez compte de l’intérêt porcin. Une information récente le prouverait s’il en était besoin : au Brandebourg, un château héberge les chefs d’Etat étrangers de passage. Un élevage de 1476 cochons est sur le point de s’ installer à proximité. Nul ne s’est demandé si l’odeur des chefs d’Etat risquait d’incommoder les porcs.
    Il y a pourtant une bibliographie non négligeable sur la question. Je n’aurai pas la cuistrerie de la dresser, mais je ne puis tout de même passer sous silence une critique décisive (la mienne) d’un texte fondateur, antérieur, c’est dire, au passage à l’euro :
 

Pris connaissance de la
 
Déclaration universelle des droits du Cochon,
 
sur le conseil de ma libraire :
 
    " Vous grognez sans cesse, me dit-elle, mais vous négligez votre culture. Sachez qu'il faut de temps en temps mettre du fumier sur les meilleures terres... Mais non, ce n'est pas de ma part une demande en mariage. Vous voilà bien présomptueux. Je ne veux pas vous épouser parce que vous n'avez pas de soue...
   Mais ne partez pas sans biscuit. Lisier cette proclamation des privautés lubriques de Celui qui sommeille en votre coeur. Pour 10 F, seulement, cela vous interpelle au tréfonds de votre vécu. "
     Maintenant je sais à quoi m'en tenir.
     Mais cette charte m'a déçu.
        Elle s'inscrit dans un courant français : le style en est zolaterrestre, le vocabulaire redondant, le contenu répétitif et le ton révolutionnaire, mais de procédure, point, sauf à l'article 11, qui reprend une vieille jurisprudence de l'Abattoir.
       Bref, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, non l'habeas corpus de 1679.
      D'anglo-saxon, on ne relève ici qu'une défense à la Swift de l'hérésie végétarienne (la pire de toutes).
      J'eusse préféré lire : "Le cochon hallal (je suis musulman réformé) est égorgé, à peine de nullité d'ordre public, à l'aide d'un sabre en damas véritable, au tranchant contrôlé, depuis moins de trois mois, par un expert en coutellerie près la cour d'appel du lieu du sacrifice."
    Autre trait franchouillard : une pensée confuse. Ainsi, le texte parle de droits, mais traite de la condition du cochon.
   Il faut dénoncer ce scandale. De même qu'on distingue les droits de l'homme et la condition de la femme, de même il sied de distinguer les droits du verrat et la condition de la truie.
    Mais ce n'est pas le pire. L'article premier de la Déclaration dispose : " Tous les cochons naissent domestiqués... " Ce texte ne protège que l'engeance roturière, il exclut l'animal de vénerie.
    Déjà, en 1789, dans "Qu'est-ce que le cervelas?", l'abbé Six-vestes avait formé le voeu que ces cochons-là fussent déportés dans les forêts de Franconie.
     Se paie-t-on la hure des cochons de courre, ou bien l'Office des Nutritions Uniformisées médite-t-il une solution définitive ?
     Vigilance, mes frères !
     Mais qui vivra verrat.
 
     Oui mais, pourquoi Pirée ? J’y viens. Avant d’en faire le titre de ce blogue, je l’ai utilisé comme pseudonyme (mon vrai nom, c’est Nectaire Tempion). En me désignant ainsi, j’ai voulu donner raison à ceux qui prennent Le Pirée pour un homme. Je désapprouve ceux qui prennent des lieux pour des dieux.
 
 
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