Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement

Publié le par Nectaire Tempion

En guise de préambule, une petite digression : rien n’est plus agréable que de sortir du sujet, et comme c’est moi qui note, je ne risque pas la bulle à l’exam’.

Une savante dame, qui conclut sur un hors-sujet (elle s’en fout, elle est prof), vient de publier, dans le n° 45 d’Agone, pp 9-26, une contribution intitulée « Orwell le moderniste », dans lequel elle donne une place à Orwell auprès de Joyce, Conrad, Eliot et autres « modernistes ». Elle a sûrement raison, et même d’autant plus qu’au temps où il travaillait à la BBC, Orwell attira Eliot à ses émissions.

Mais il n’y a pas à s’interroger sur l’éventuelle contradiction entre une facette quelconque de son œuvre et « son engagement dans la lutte contre la pauvreté ». Orwell a lutté contre la richesse.

Mais venons-en à notre propos.

Madame Rae, fort pertinemment, cite un passage de « La politique et la langue anglaise », paru d’abord dans « Horizon », en avril 1946, et regroupé avec d’autres textes en traduction française dans le volume IV des « Essais, articles, lettres », Ivréa, Encyclopédie des nuisances, 2001, pp 158-173. Le voici :

1 – N’utilisez jamais une métaphore, une comparaison ou toute autre figure de rhétorique que vous avez déjà lue à maintes reprises.

2 – N’utilisez jamais un mot long si un autre, plus court, peut faire l’affaire.

3 – S’il est possible de supprimer un mot, n’hésitez jamais à le faire.

4 – N’utilisez jamais le mode passif si vous pouvez utiliser le mode actif.

5 – N’utilisez jamais une expression étrangère, un terme scientifique  ou spécialisé si vous pouvez leur trouver un équivalent dans la langue de tous les jours.

6 – Enfreignez les règles ci-dessus plutôt que de commettre d’évidents barbarismes.

Lavez-vous le cul, nettoyez-vous la bouche, décrassez votre plume, vous tiendrez propre votre esprit.

Moins de galimatias, plus de perspicacité. En fin de compte, c’est d’hygiène politique qu’il s’agit.

Mais pour découvrir le venin de ces conseils, il faut lire les pages précédentes de l’article d’Orwell, où il donne des exemples de ce qu’il faut éviter : les professeurs Harold Laski et Lancelot Hogben sont nommément cités.

Cela me rappelle un ouvrage, dont j’ai oublié le titre, rédigé par un abbé dont j’ai oublié le nom, sur le bon usage de la langue française. De chaque tournure vicieuse, il signalait plusieurs exemples… dont un de François Mauriac. J’ai retenu la leçon.

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