Exploitez les offenses !

Publié le par Nectaire Tempion

En ce temps-là, quatre-vingts seigneurs, et non des moindres, se transportèrent chez Marguerite de Parme. Un fonctionnaire osa les traiter de gueux. Cette insolence ne tomba pas dans l’oreille de quatre-vingts sourds. La gouvernante des Pays-bas eut beau fondre en larmes et demander pardon pour lui, les castards mandèrent leur tailleur et se produisirent déguisés en mendiants. Suite des évènements : la guerre des gueux.

Fort de ce précédent, j’arbore avec orgueil le pseudonyme de Porc, que je dois à Jérôme Leroy, et je me targue d’être un sous-chien.

Mais on peut faire mieux : retourner comme une crèpe l’incongruité adverse. Le citoyen Serge Raffy, qui répand ses lumières dans le « Nouveau Snob » (dixit Monsieur Jean Chalon), s’est fendu, le 29 novembre, d’un article intitulé « Nicolas Sarkozy dopé à l’IP ». Faut dire que le citoyen journaliste roule pour la concurrence. Pour l’instant, car de nombeux cas ont montré que la fidélité à un homme, ou à une faction, etait négociable.

L’IP, c’est l’injonction paraxoxale.

« Ellle a été conceptualisée par Paul Watzalawick, sémiologue américain de l'école de Palo Alto (Californie). Petite explication de texte : une injonction paradoxale, une IP, consiste à interpeller l’adversaire par une provocation délibérée. Exemple : un dirigeant socialiste ou un magistrat s’interroge sur l’efficacité des bracelets électroniques sur certains délinquants. Nicolas Sarkozy lui lance alors : "Vous voulez que les tous les criminels soient livrés à eux-mêmes dans la rue ?" On pourrait ajouter "Ils pourraient agresser vos propres enfants ! C’est ça que vous voulez ?"

… le malheureux "interpellé", victime d’IP, se retrouve en position défensive, et ne peut que s’embrouiller. Comment répondre à ce traquenard rhétorique ? Cas 1 : on bafouille que ce n’est pas ce qu’on a voulu dire et on rame désespérément pour revenir dans le jeu. Cas 2 : on fait l’impasse sur l’agression et on fait de la pédagogie.

…comment riposter aux adeptes de l‘injonction paradoxale ? En les imitant ? Peut-être bien que oui… »

Voilà qui me fait penser au général Beaufre qui, dans son « Introduction à la stratégie », avait comparé cette dernière à l’escrime.

Or, le duel était monnaie courante à la belle époque. La plupart du temps, on échangeait des balles sans résultat, mais Ponplon a quand même étendu raide le journaliste Victor Noir ; d’autant plus raide qu’il est mort en érection, et que l’art statuaire l’a immortalisé ainsi, au père Lachaise. Sa tombe n’a jamais cessé de recevoir des visites. Mieux valait avoir en face une fine gâchette comme Clémenceau, qui vous eût logé une balle dans le gras de la cuisse, qu’un maladroit capable de fusiller le médecin. En cas de malheur, le survivant gagnait la Belgique, car, en France, le duel fut prohibé, sous les peines les plus terribles, je ne sais combien de fois. Tempi passati. De nos jours, l’honneur n’est plus lavé dans le sang, mais dans les dommages-intérêts.

Robert de Montesquiou et Henri de Régnier se battirent. Deux poètes délicats, démodés. A jamais ? Les portraitistes mondains de la Belle époque sortent du purgatoire. Whistler, qui les domine, n’y est pas descendu ; il peignit Montesquiou ; Boldini (portrait de Gyp), en est sorti depuis longtemps ; Helleu (le Watteau à vapeur), La Gandara retrouvent des amateurs ; on attend le tour de Léon Bonnat, puisque les farceurs de l’époque affirmaient qu’il peignait avec du caca. Pourquoi pas les poètes ?

Pas moyen de mettre la main sur la biographie de Marie de Régnier par Robert Fleury. Ne rangez jamais ! Me voici réduit aux « Pas effacés », de Montesquiou, recemment réédités.

Régnier offensa Montesquiou, qui choisit le pistolet. « De premières rencontres de témoins m’apportèrent des procès-verbaux, que j’ai conservés, et qui m’assuraient de la parfaite considération de l’autre partie ; je pouvais m’en contenter, comme d’autres l’auraient admis sans faiblesse, mais l’affaire avait fait du bruit, mes nombreuses inimitiés consenties, souvent même provoquées, pouvaient en tirer occasion de me mal juger, non plus sur un point de dissension particulière, justiciable d’interprétations diverses, mais sur un point d’honneur que je n’entendais pas voir discuter. Je rédigeai une lettre qui, sans se montrer blessante, mettait mon adversaire en demeure de me rendre raison. Quelques journaux la publièrent… et, le lendemain matin, Houssaye et Béraud, les deux témoins de Régnier, venaient, au nom de leur client, me demander réparation de ce factum ; en sorte que je me trouvais, d’offensé devenu offenseur, ce qui… se pratique fréquemment au cours de telles aventures, ne fût-ce que pour modifier le choix des armes et se l’assurer, comme il advint du fait de mon adversaire… »

La rencontre eut lieu à l’épée.

« …je fus touché, c’était naturel, par un escrimeur assez habile, tandis que j’en étais, moi, resté, dans le genre, à de mauvaises leçons de collège. »

L’injonction paradoxale n’est pas neuve.

 

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