Honni soit qui mal y pense

Publié le par Nectaire Tempion

C’était dimanche. Le président de la 17° Chambre correctionnelle prit tranquillement son petit-déjeuner, puis se plongea dans la lecture de « Caniveau », magazine people dont la candeur le rafraîchissait des saletés qu’on soumettait à ses jugements. Mais bientôt il soupira : « Merde ! ». Il venait de tomber sur une affaire qui, selon toute vraisemblance, n’allait pas tarder à se transformer en dossier, sur son bureau.

« La fiction évite des frictions génératrices d’affliction », aimait à dire le magistrat. Or, ici, l’information passait en clair. Jeannette La Pine en faisait les frais. Son père, affublé par ses nombreux ennemis d’un sobriquet, Jeannot la Trique, avait fondé « L’Affront populaire », car « Front populaire » était protégé par un label depuis 1936. Récemment, il avait passé la main à sa grande fille. Désormais tous les coups, tordus de préférence, seraient de bonne guerre pour l’abattre.

La donzelle se plaignait des monopoleurs qui intimidaient les maires de campagne, dispensateurs principaux des signatures transformant les citrouilles en carrosses, au bal de la présidentielle : « si tu galvaudes ta signature, ta commune fera tintin pendant cinq ans pour les subventions et tes électeurs ne te rateront pas ». Résultats : les maires lâchaient leur signature avec un élastique.

Heureusement, car s’il advenait qu’elle forçat le blocus, elle péserait au bas mot quinze pour cent des suffrages exprimés. Avec sa langue bien pendue, elle pouvait prendre des rondeurs supplémentaires. Si la dodue accédait au second tour, la Raie publique serait en danger. « Tout sauf ça », hurlaient en chœur ses rivales et rivaux. « La raie publique, pas la morue facho ! »

Un bruit courut. Un bruit infâme. Chacun se garda d’évoquer la théorie du complot, car c’etait défendu. Mais plus d’un se demanda s’il fallait localiser la source à l’Empyrée, séjour du dieu en exercice, ou bien rue Hobbes, théâtre de la lutte de tous contre tous.

Le bruit tendait à dresser contre elle l’Eglise, que deux pelés et trois tondus, exténués d’obscurantisme, écoutaient encore. Certains croient que Richard Lempereur est le fils naturel de Rachel Lempereur, mais en réalité c’est le nom de plume du cardinal Petitgros, qui écrit des romans, sous le masque, et les publie chez Gallimard. Toutes les patronnes de bordel vous diront que ce prince de l’Eglise n’est, bizarrement, pas pédophile : il bande aux toisons noires bien touffues. Il fulmine avec éloquence contre le péché d’épilation. Son dernier roman, « Le foie entier », s’analyse du début à la fin en un cantique à la capiteuse pilosité de Rolande Dorgelès, l’héroïne. Suivez le regard lubrique de Richard Lempereur !

En effet, selon le bruit, Jeannette se serait fait épiler au laser. Toutefois, écœurée elle-même par sa nouvelle impudeur, elle aurait pris langue avec un chirurgien esthétique, le Dr Cudsac, pour qu’il lui pose les poils fadasses, d’une blondeur scandinave, dont voulait se débarrasser une certaine Frieda Moch qui pleurait après une peau de bébé Cadum. Quand l’homme de l’art lui annonça son prix, Jeannette, près de ses sous, en serait tombée sur le cul, mais le bon docteur l’aurait remise d’aplomb avec une paire de gifles. Les tractations seraient toujours en cours.

Aux dernières nouvelles, Jeannette aurait demandé au cardinal de l’entendre à confesse, pour lui dévoiler l’état réel de la question et l’étendue de ses péchés. Pour sauver son électorat cul-bénit, ce serait la meilleure solution :

- Mon père, j’ai péché par orgueil en faisant acte de candidature à la présidentielle.

- Combien de fois, ma fille ?

Toute ressemblance avec des personnes connues serait purement fortuite.

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article