La légitimité

Publié le par Nectaire Tempion

J’appelle légitime, un gouvernant recruté conformément à la coutume applicable ; le Dalaï lama est légitime, pas le citoyen Sarko, puique la coutume applicable dispose : le trône de France est transmis par les mâles, dans l’ordre primogène et sous condition de catholicité au sein de la dynastie capétienne ; critères que le citoyen ne remplit pas; aucun de ses prédécesseurs non plus, depuis le renversement de Charles X.

Le légitimisme est très agréable, car il fonde un mépris impartial et paisible de l’usurpateur en place et de ses rivaux. L’essayer, c’est l’adopter. Un légitimiste accueille narquoisement les arguments d’autorité tels que : “ c’est la loi ”, puisque, justement, il la défère au tribunal de la coutume. “ Pourquoi le mauvais droit ne vaudrait-il pas le bon ? ” a demandé le père Ubu. Le légitimiste campe sur le bon. Il n’en subit pas moins l’oppression, comme tout le monde, mais celui qui a raison, c’est lui, donc il vous fait un bras d’honneur. Il en éprouve une satisfaction morale.

- Mais vous votez ?

- Non. Sous aucun prétexte.

Au premier tour, on choisit ; au second, on élimine ; si les socialos perdent, il y a un troisième tour social ; sursum corda, on vote avec les pieds.

Les candidats peuvent se débrouiller sans moi, puisque, justement, ils le font.

“Elections, piège à cons” (Sartre).

Sous une forme moins percutante, Marx avait déjà dit qu’il était illusoire de contribuer à désigner ses futurs oppresseurs. Ce leurre ne m’attire pas.

Plus le corps électoral augmente, plus le poids de mon vote diminue. La plupart du temps, il est infinitésimal. Quand un fabricant de lessive veut stimuler ses ventes, il s’adresse à un publicitaire ; ce dernier lance une campagne qui incite un très grand nombre de ménagères non identifiées à faire emplette du produit. Si vous voulez exercer une influence politique, faites voter les autres.

En revanche, le votant accepte par avance le résultat de la consultation populaire, quel qu’il soit, sauf fraude électorale : c’est une élémentaire question de cohérence intellectuelle. Il perd le droit de se plaindre. Se plaindre ne sert à rien mais fait toujours plaisir.

Qui vote blanc juge tous les candidats indignes du mandat qu’ils briguent. Dans l’idéal, ce vote exprime la volonté civique de subir quand même le joug du vainqueur. Plus prosaïquement, son auteur s’abrite derrière l’anonymat du vote. Pas vu pas pris. Le contenu du vote est secret mais l’action de voter ne l’est pas. En effet, le nom du votant est coché sur une liste électorale, pas celui de l’abstentionniste, qui s’expose à être fiché. Ainsi, en 1981, j’eus l’honneur de recevoir la photo du candidat Prouvost, assis à gauche du citoyen Mauroy ; au verso, les lignes suivantes :

“ Madame, Mademoiselle, Monsieur,

D’impérieuses raisons vous ont peut-être empêché de prendre part au premier tour du scrutin des Elections Législatives, mais il faut que le 21 Juin votre voix vienne rejoindre le vaste mouvement qui, accompagnant la récente victoire de François MITTERAND, doit tracer pour la France le chemin de la justice, de la liberté et du changement tant attendu.

En espérant que vous ne laisserez pas passer cette chance de concrétiser cette espérance.

Pierre PROUVOST

cordialement ”

 

Pour l’instant, les abstentionnistes ne courent pas grand risque, mais peu importe. En soi, l’élection est un mode de recrutement comme un autre. Quand elles ont libres et disputées, le résultat des élections est incertain, comme aux courses, sans être aléatoire, comme au casino. Mais pourquoi en organiser, quand le dictateur, et la presse, connaissent d’avance le résultat ? Selon la doxa en vigueur, l’élection confère la légitimité à l’élu. Sincère ou non, elle est sacrale. Donc, le votant reconnaît la divinité de César. Des martyrs ont été livrés aux lions pour l’avoir refusé. S’abstenir est un devoir irréligieux qui l’emporte sur toute considération d’opportunité.

Au plan de l’opportunité, les candidats disent que s’abstenir, c’est voter pour leur rival le plus dangereux. Mais tous tiennent ce langage, donc c’est forcément faux. En revanche, et c’est excellent pour les gouvernés, un fort taux d’abstention diminue la représentativité, donc la suffisance, des élus (le vote blanc aussi). Exemple : Machin est élu député au second tour, à l’issue d’une triangulaire :  suffrages exprimés : 50% des inscrits; Machin : 40% des exprimés; représentativité de Machin : 20%. Plus vous vous abstiendrez, plus vous fragiliserez la classe politique, dont vous avez, somme toute, peu à craindre, pour le moment du moins, mais rien à espérer.

- Mais si le système se délite ?

- Les gouvernants trouveront immédiatement une autre astuce pour légitimer le pouvoir qu’ils exercent.

Le referendum sur initiative officielle, tel qu’il est manié en France, ne vaut guère mieux, car beaucoup d’électeurs votent sous influence, surtout si le texte est technique. Un mot latin qui veut dire : oui. Le referendum sur initiative populaire est réputé antidémocratique, la bêtise du peuple, incommensurable. A titre dissuasif, les bien-pensants ont longtemps cité, en se gardant bien de dire qu’il était abrogé depuis belle lurette, le premier amendement à la Constitution fédérale suisse, qui prohibait l’abattage du bétail selon le rite israélite ; ce n’était pourtant pas pire que la loi parlementaire française sur le voile, alias foulard islamique. Depuis peu, l’exemple qui tue, c’est le referendum anti-minarets. Sur le voile intégral, ça mijote au coin du feu. Frou-frou, frou-frou...

 

 

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