La panthère a dévoré le matou

Publié le par Nectaire Tempion

Les matous ont mené, et perdu, un combat d’arrière-garde contre la féminisation des corps. Dans Une vie au Louvre, Laffont 1987, Madame Magdeleine Hours raconte que, promue conservateur de première classe, elle dut se rendre au Comité, qui, notamment, débat sur les propositions d’achat. P. 160 : “Je me présentai dans la salle du conseil ; mes collègues, près de trente, étaient là. J’allai vers le directeur : « Où dois-je me mettre ? » Séchement, Monsieur Seyrig me répondit : « Où vous voulez  ! » J’allai vers une place libre. « Elle est prise », me dit le voisin de droite. J’allai vers une autre place ; les conservateurs mirent leurs coudes l’un vers l’autre, me barrant la place. Je n’insistai plus et pris une chaise cassée, rangée le long du mur et m’avançai en seconde position, au deuxième rang près de l’un d’eux, intelligent, non conformiste et jusque là amical, Georges Henri Rivière. En effet, au bout de quelques minutes, il se poussa et me dit : « Mettez-vous là, c’est ridicule ». ” Le moins qu’on puisse dire ! Un tel enfantillage, associé à tant de goujaterie, laisse pantois. C’était en 1959. En 1972, la voilà nommée conservateur en chef, après un passage au C.N.R.S. A la première réunion du Comité, elle est accueillie par un silence réprobateur, tandis qu’à la réunion suivante, un  collègue, qui siège pour la première fois, est honoré “ de chaleureux applaudissements, de règle, je m’en suis aperçue plus tard ” (p. 238). Madame Hours ne le précise pas, mais tous ces gougnafiers étaient entrés, comme elle-même, dans la “Maison”, avant la seconde guerre mondiale, par la voie chic de la cooptation, pas encore sur concours. Les gens de musée, en ce temps-là, ne pratiquaient pas le sit-in à l’appui de revendications pécuniaires. Leur carrière commençait par le bénévolat. De nos jours encore, ce sont les fonctionnaires les plus chichement payés. Je n’ose imaginer les avanies qu’ont dû subir les pionnières du rond de cuir dans des corps moins bien fréquentés, la police, par exemple. Mais le résultat est là. A l’époque où Landru militait pour la femme au foyer, la mère Soupe occupait, soit des postes perçus comme féminins par nature : matonne chez les détenues, visiteuse des douanes, sage-femme à l’hopîtal, infirmière (une bonne soeur laïque), institutrice maternelle, ou bien de filles publique (publique sans S ; on lit encore, sur de vieux bâtiments, “ école de filles publique ”), soit des emplois d’une modestie presque ancillaire : demoiselle des Postes, sténo-dactylo). De nos jours le beau sexe n’est pas seulement présent dans les corps les plus moustachus, comme la gendarmerie ; il a colonisé des pans entiers de la fonction publique : l’enseignement devenu mixte, la magistrature... La fonctionnaire-femme reste femme : dans l’état présent de la médecine, l’accouchement est un monopole féminin. Mais ce n’est plus une femme-fonctionnaire, comme on dit femme de ménage. Elle est doublement privilégiée : par rapport à ses collègues masculins, par rapport aux femmes salariées, souvent injustement discriminées. Injustement, car le salaire devrait rémunérer le travail et non le travailleur. Sous réserve des emplois intuitu personae, qui abondent dans le chaud-bise. Toutefois, la Cour de cassation a jugé que le décès de l’acteur très célèbre qui jouait le premier rôle masculin dans une série n’était pas un cas de force majeure : le producteur n’avait qu’à embaucher quelqu’un d’autre pour achever le tournage. Forte incitation à modérer son propre ego, estima un commentateur dans “Droit social”.

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