Laïc-art

Publié le par Nectaire Tempion

Quid vultis bibere ?

- Vinum, vinum, clamaverunt omnes.

Sed sanctus Thomas, qui a longo tempore magnam caledam pissam tenabat, grenadinam cum siphono petiit.

Pas très respectueux pour la Bonne Nouvelle, surtout si l’on se souvient que ça commence par :

In illo tempore dixit Iesus discipulis suis.

Mais, chacun sait ça, nous autres cathos adorons le latin, fût-il macaronique. Et puis, il faut remettre le texte dans le contexte : un historien me le disait encore ce matin.

Imaginons, il y a cent ans, l’interne de service passant la nuit en salle de garde, « dans ce Bicêtre où je m’emmerde ». Il compose pour tuer le temps, et non sans se dire que, ma foi, s’il sortait du neuf au prochain tonus…

Mais jamais carabin ne se prit au sérieux dans l’exercice du folklore. Les rapins, pas trop non plus, si l’on songe aux manifestes et autres manifestations des gad’zarts. Mais ça n’empêchait pas, entre génies pas encore reconnus, les débats houleux au bistrot. Dorgelès, je crois, a raconté que Gen Paul, exprimant ainsi le peu de cas qu’il en faisait, avait pissé sur le chef-d’œuvre d’un confrère. Néanmoins, il s’agissait de débats théoriques, qui accédaient parfois aux salles à manger bourgeoises. Quand Madame Monet, maîtresse de maison, n’avait pas compris un discours abscons, elle ne cherchait pas la rime, mais ajoutait :

- J’allais le dire.

Le coup de l’urinoir fut le canular d’un rapin prolongé, pince-sans-rire dans la lignée des loufoques 1900, comme Allais. Mais la leçon théorique était claire : c’est la signature, et rien d’autre, qui fait l’œuvre d’art. Et l’œuvre d’art vaut du pognon.

Duchamp, donc, signa un urinoir de bistrot, et il l’exposa à New York. La gloire. Mais un siphon d’eau de Selz, ou tout autre objet fabriqué industriellement, même sans rapport avec la limonade, une bicyclette, par exemple (Tristan Bernard et Alfred Jarry en eussent été ravis), eût tout aussi bien fait l’affaire.

Restait aux épigones, dont la pelote était à faire, à surenchérir dans la provocation, qui tient lieu de marketing aux créateurs et à leurs marchands. Comme disait Vollard, « je suis marchand, alors, je marche ». Il y a déjà plusieurs décennies, un critique prédit dans « L’œil » que la galerie Iolas exposerait un jour carrément de la merde, et qu’un nouveau riche se précipiterait pour l’acheter. C’est arrivé depuis.

Dans ces conditions, le laborieux blasphème baptisé, si j’ose dire, Piss Christ, est au dernier bateau, sur le marché « de l’art », ce qu’un député rad-soc, sous le ministère Combes, est à l’actualité politique.

C’est nul. En rouspétant contre, les derniers fidèles du BCBG se sont fait avoir par les pros de la com.

Oui mais, le modus operandi… N’est nullement prouvé. Mais une œuvre n’existe que par la glose qui en porte le sens. Le support matériel n’est rien, c’est le boniment qui fait vendre. C’est lui qui rapporte des sous.

 

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