Le musée

Publié le par Nectaire Tempion

Le musée est un instrument de désertification culturelle.

Les antiquités et les oeuvres d’art n’ont pas été produites pour être stockées dans des entrepôts administratifs, sauf les grandes machines que les chers maîtres du XIX° siècle exposaient au Salon, dans l’espoir que, précisément, l’Etat les achèteraient pour les mettre au musée. De fait, il ne manquait pas d’acquérir, ou de commander, les plus ridicules. Ainsi, Huysmans, dans Certains (5° éd., Plon-Nourrit, 1908, P. 206), donne une description dévastatrice d’un grand Guérin, Offrande à Esculape, entré sous la Restauration. On a peint pire depuis. Des Cormon, par exemple. Mais les gamins adorent les pompiers. “... les peintres académiques du XIX° siècle et l’enfant actuel de sixième  communient dans les mêmes sensations esthétiques” (Marie-Thérèse Gazeau, L’Enfant et le Musée, Les Editions ouvrières, 1974, p. 30-31). Accrochons cela dans les collèges !

Monsieur Lionel Jospin (oui, Monsieur, pour une fois) a fait restituer des oeuvres saisies révolutionnairement par l’occupant allemand et “récupérées” en Allemagne par l’armée française aux ayants cause de leurs légitimes propriétaires, des collectionneurs juifs. Le front de l’art, de Mademoiselle Rose Vallant, a même été réédité pour la circonstance. Bravo ! Mais ce ne sont pas les seuls objets stockés par la puissance publique dans des conditions prêtant le flanc à la critique. Les rapines artistiques (Kunstraub, en allemand) de la Révolution et son fils Bonaparte n’ont pas été intégralement rendues.   Les saisies révolutionnaires internes ne peuvent davantage être considérées comme un mode avouable d’acquisition, surtout quand le propriétaire fut raccourci non moins révolutionnairement, comme le président de Robien, dont la collection de dessins est au Louvre. Les conditions dans lesquelles s’est exercée la générosité de marchands ou d’héritiers désireux d’exporter fut parfois, disons, quelque peu stimulée. La postemption en vente publique est une forme bureaucratique de révise. Dans la mesure du possible, tout cela doit être restitué, ainsi que les dons et legs librement consentis, donc moralement irréprochables, mais tout doit disparaître : on ferme.

 

 

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