Le zizi expliqué à Pierre Perret

Publié le par Nectaire Tempion

On explique ceci et cela à sa fille, sa belle-sœur, sa concierge. J’attends « La pédophilie expliquée aux séminaristes », qui pourrait clôturer la série.

Un ethnographe de renom, le professeur Jacques Pimpaneau, s’est fendu d’un « A deux jeunes filles qui voudraient comprendre la religion des Chinois ». Il y avait déjà, de Marcel Granet, « La religion des Chinois », PUF 1951, qui prend fin sur un joli clin d’œil à Proust.

Les deux jeunes filles, affirme notre auteur, sont ses petites filles. Pourquoi pas ?

Page 7, il nous avertit : « J’ai essayé d’éviter toute érudition superflue, de leur faire grâce d’une avalanche de noms propres difficiles à retenir et j’ai fui avec horreur le ton professoral. »

Néanmoins, n’écoutant que son courage politique, il a translittéré en communiste, s’exposant au reproche de pédanterie. L’honnête homme, lui, romanise en EFEO quand il s’adresse en langue française à son lecteur, quitte à recourir au pinyin en bibliographie et dans les notes. Mais ici, point d’apparat : foin de l’érudition superflue.

Merdre, voici que je m’engage sur le chemin que, justement, j’entendais éviter. Halte là ! Je n’aurai pas la ridicule outrecuidance de donner des leçons de sinologie à un professeur de chinois. De ce qu’il a dit sur les Chinois, je ne relaterai rien.

Je ne suis certes pas insensible à l’inspiration anti-chrétienne de  ce poulet pédo-sinologique. Exemple, pp. 13/14 : « si Dieu est tout-puissant, pourquoi accepte-t-il le mal ? Que la souffrance soit une punition du mal causé par l’homme puisqu’il a été créé libre, d’accord. Mais pourquoi un Dieu bon et tout-puissant accepte-t-il la souffrance des innocents, en particulier des enfants ? Voilà la question jamais résolue qui a amené certains penseurs à s’insurger contre le christianisme. »

Anatole France avait tourné ça mieux. Je cite de mémoire, à laquelle, pourtant, je ne puis faire confiance : « Ou bien, Dieu veut le bien mais ne le peut : alors, Il est impuissant ; ou bien, Il peut le bien mais ne le veut : alors, Il est pervers ; ou bien, Il ne le peut ni ne le veut : alors, Il est impuissant et pervers ; ou bien il le peut et le veut, et qu’attend-il ? » France n’était pas nul sur le Parti des Philosophes : il a fureté avec succès dans les ténèbres des Lumières. C’est lui aussi qui a dit : « Caressez votre phrase, elle finira bien par sourire ». De fait, sous sa plume, elle souriait. France fut le grand auteur vivant, emploi dans lequel il succéda à Victor Hugo, et précéda Paul Valéry. Après, il y eut Sartre, qui écrivait avec l’élégance d’un agrégé de philosophie.

D’accord, je m’écarte du sujet. Je le fuis car je refuse d’opposer les vérités du catholicisme aux erreurs volontaires de la libre-pensée, et je refuse par conscience de ne pas être à la hauteur : en tant que catholique, je suis un négligent ignorantin ; ignorantin par ma nullité en théologie, et négligent car on me voit plus souvent au bistrot qu’à la messe.

En revanche, je ne puis laisser passer le passage suivant, page 11 : « Si l’on affirme que les rites en l’honneur de Confucius dans les temples qui lui sont consacrés sont des rites religieux, il faut alors aussi considérer la ranimation de la flamme sous l’Arc de triomphe, le transfert des cendres d’un homme célèbre au Panthéon, le dépôt de gerbes devant un monument aux morts, les honneurs de la garde républicaine à un homme d’Etat comme des rites religieux, ce qui ne vient à l’idée de personne. »

De personne, vraiment ? Et moi, alors ?

Est-il possible que notre auteur ait laissé échapper les sagaces analyses du Pr Emilio Gentile sur les religions civiles ? Pour ma part, je préfère parler de cultes. Ainsi, la République donne lieu à un culte.

Mais quelles sont les préférences religieuses du Pr Pimpaneau ? Anticlérical, mais, dit-il, pas antireligieux, il est « plutôt pour une religion athéologique et sans lien avec le pouvoir politique » (page 75). Page 103, il précise : « Quelle que soit la religion, je déteste les Eglises, les clercs qui se sont arrogé le monopole de la prétendue vérité, qui ont répondu aux inquiétudes humaines par des dogmes. Mais je respecte la religion quand elle prône la charité (la charité et non l’aumône), la religion qui s’oppose à la hiérarchie, qui crée la fête, qui sort les hommes du monde du pouvoir et du travail, qui transgresse la raison pratique et les tabous, qui inspire les artistes, qui engendre des histoires fantastiques. 

Une telle religion me semble incompatible avec le Grand Orient, secte hiérarchisée, autoritaire et dogmatique et, a fortiori, avec le Parti. D’un autre côté, ayant, page 77, traité d’abrutis ceux qui renient « avec horreur les découvertes de Darwin », notre auteur ne peut se rallier à une bonne partie du mouvement néo-évangélique. Alors, baba coule ?

A son âge ?

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