Les zeures les plus sombres

Publié le par Nectaire Tempion

Mais non, aucun rapport avec le génocide des Vendéens, des Lyonnais, et tutti quanti. Ces heures-là sont baignées de gloire. Les plus sombres sont celles où le maréchal Pétain était chef de l’Etat français.

Ma grand-mère avait eu vingt ans en 1914. Pour elle, Pétain, c’était le vainqueur de Verdun ; elle vénérait sa mémoire.

Je vénère celle du maréchal Lyautey. Sous le Cartel des Gauches (toutes les places et tout de suite), ledit Pétain trempa dans une magouille bien républicaine, ourdie par le président du Conseil Painlevé, qui conduisit au limogeage de Lyautey, moitié viré (de ses fonctions militaires), moitié démissionnaire (de ses pouvoirs civils).

Merguedou, comme disait Léon Daudet, était alors le julot casse-croûte de la femme sans tête (traduction pour les nuls : Doumergue était président de la République).

Or en mai 2009, un bon citoyen porta ses pas jusqu’en la mairie de Gonneville-sur-mer (581 habitants, dont une bonne moitié de résidents secondaires, en 2006). Il y assista à une pantalonnade révolutionnaire un mariage civil. Qu’y vit-il ? Le portrait de 23 usurpateurs qui se sont succédé à l’Elysée depuis 1871. Horresco referens ! Philippe Pétain inclus.

Outré, le bon citoyen alerta la LICRA par lettre anonyme. La LICRA répercuta. Avocat, le maire de Gonneville fit connaître à son confrère qui défend la LICRA ses motifs de ne pas… comment dirait donc un conservateur de musée ?... retirer le portrait des cimaises municipales pour le verser dans une réserve non visitable (le placard à balais ferait l’affaire) L’édile scélérat laissa tomber, dans « Le Post » du 13/01/2010 : « Il n'y a pas de jurisprudence interdisant d'avoir le portrait de Pétain, tant bien sûr qu'on ne fait pas l'éloge de ce pour quoi il a été condamné. »

Bravant la menace d’un contentieux, la LICRA saisit Monsieur le préfet de la région Basse-Normandie qui, d’abord, usa de ces pressions que l’on dit amicales pour faire plier le maire récalcitrant. Sans résultat. Eh bien, tu vas voir, et le 21 janvier, jour symbolique, encore ! Injonction faite à Maître Hoyé, maire de Gonneville-sur-Mer, «de procéder au retrait immédiat du portrait de Philippe Pétain de la galerie de portraits présente dans votre mairie ».

Vient ensuite le genre de cadeau qui fait pisser un juriste dans la soie :  « …tous les actes postérieurs au 16 juin 1940 jusqu'au rétablissement du gouvernement provisoire de la République Française ».

Vous avez bien lu : à en croire Monsieur le préfet de région, il y eut un gouvernement provisoire de la République française jusqu’au 16 juin 1940. S’il est passé par sciences po pour intégrer l’ENA, c’est un miraculé. Par la fac de droit, c’est exclu.

Maître Hoyé est avocat. J’espère que la rigolade ne fait que commencer. Après l’urinoir de Clochemerle, le portrait de Gonneville. A sa place, un peu comme un chat joue avec une souris, j’obéirais à l’injonction. Le portrait quitterait donc son clou pour le placard à balai, sous le regard d’un huissier. A sa place, une photocopie de l’injonction : toute la Basse-Normandie, et quelques journalistes parisiens, défileraient devant ; suivrait une requête tendant au retrait de ladite injonction, débouchant, après le silence gardé par l’administration pendant le délai idoine, sur un joyeux recours pour excès de pouvoir, qui poursuivrait sa carrière jusque devant le Conseil d’Etat. Ensuite, la parole serait à un émule de Gabriel Chevallier.

 

 

 

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