Petits sous

Publié le par Nectaire Tempion

Un Cranach, un peu plus grand qu’une carte postale, est posé sur le bureau d’un fonctionnaire, au Louvre. Plus ou moins contemporain de la première prédication de Luther, son sujet, les trois grâces, dut paraître érudit mais un peu scabreux. J’imagine volontiers que son premier propriétaire, opulent patricien, l’avait enfermé dans un studiolo où il ne recevait que des amis choisis.

Tempi passati…

Le fonctionnaire veut faire entrer l’objet au Louvre, sinon, dit-il, il partira à l’étranger. Convenons que ce serait préoccupant, s’il s’agissait d’un secret militaire. Mais je crois savoir que le Louvre envoie des tableaux à Dubaï, ce qui, d’ailleurs, n’a aucune importance. La question n’est pas de savoir si un tableau allemand restera en France ou partira à l’étranger, mais de savoir s’il restera en mains privées ou tombera dans le gouffre des collections publiques. Les objets anciens, beaux, rares et curieux n’ont pas été faits pour être stockés dans des entrepôts administratifs. Le musée est un instrument de désertification culturelle.

Le fonctionnaire a lancé une souscription publique pour réunir le million d’euros qui manque à son administration. Plusieurs ennemis de la culture auraient donné un petit sou, de vingt à mille euros. Le million ne sera sûrement pas atteint par le concours de simples particuliers, mais l’opération se fera quand même.

Il y a pourtant tant de misère. Les petits sous sont mieux employés par l’Ordre de Malte, les Restaus du cœur, le Secours catholique… et même les sectaires qui distribuent aux clodos de la soupe au lard (plat consistant à base de porc, frometon, dessert, coup de rouge et goutte de calva).

Sans parler du massacre des catholiques syriaques. Al Qaïda considère nos frères comme des « proies légitimes ». Si la femme sans tête était encore protectrice des chrétiens d’Orient, les services secrets de l’armée française seraient en train de mettre ces forcenés hors d’état de nuire.

Cette chose faite, il serait séant que, par souscription publique, les bons Français offrent un présent de remerciement à Madame Nicolas de Nagy Bocsa, née Carla Bruni-Tedeschi. Par exemple, un tableautin de Cranach représentant les trois grâces. Pour sa collection PRIVEE . Je me fendrais volontiers d’un petit sou.

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