Révisons nos classiques !

Publié le par Nectaire Tempion

Tout change, ou rien ne change. Le changement est permanent, et la permanence immanente.

C'est de l'eau qui coule.

Faut-il donc regretter, à l'instar des vieillards qui n'ont pas trouvé la sagesse, la belle époque où les mandarins étaient intègres, les enfants bien élevés, les vaches grasses et les dynasties stables ?

Cet Age d’Or n'est-il pas mythique ?

Et puis, même si l'agitation des hommes prend d'autres apparences, ne sont-ce pas là friselis à la surface de l'eau ?

 

De nos jours, le mandat céleste est à durée déterminée.

Il s’épuise en sept ans, mais il est renouvelable.

A chaque fin de règne, on parle de le réduire à cinq.

C'est un nombre propice : depuis la capitale, le souverain répand les cinc bonheurs sur la population.

Et puis, deux fois cinq font dix : sept ans sur le trône du Dragon laissent à l'empereur sortant un goût de trop peu. Ses rivaux, en revanche, et bien souvent le peuple aussi, estiment que dix ans, ça suffit.

Mais, une fois en place, le nouveau fils du Ciel considère que sept ans tiens valent mieux que dix tu les auras. Après quoi, il sera candidat à sa propre succession.

Ainsi, le septennat se perpétue.

 

Est-ce à dire que le Ciel est tenu par ce terme certain ?

Bien sûr, l'empereur d'En-Haut ne congédiera pas son homologue terrestre, quelle que soit l'ampleur de ses fautes.

Mais Il manifestera son courroux par des avertissements, puis des calamités.

Le Saint Homme les craint, ses rivaux les espèrent, et tous consultent assidûment un instrument inventé par des barbares du lointain Ouest : le baromètre.

 

Le trône du Dragon est devenu un siège éjectable : plus question de fonder une dynastie. Mais cela ne décourage pas les ambitieux : à la Cour, et même au sein du peuple, la foire d'empoigne n'a pas de répit.

Néanmoins, certains rites doivent être respectés.

N'importe qui peut aspirer à la candidature, mais on ne on ne devient candidat officiel qu'après avoir reçu l'aval d'une coterie de notables.

Ensuite, les candidats brûlent de la monnaie de papier, et jurent à qui mieux mieux que si leur règne arrive, l'harmonie du monde sera rétablie, les injustices disparaîtront, la prospérité régnera et les impôts diminueront. Certains ajoutent que les barbares iront se faire pendre ailleurs.

Alors viennent les cérémonies, sous la forme de deux sacrifices au Ciel, à une semaine d'intervalle.

 Ce n'est point l'empereur sortant qui se rend au temple du Ciel, pour accomplir ces sacrifices : le peuple en est le desservant.

A cette fin, l'Administration répartit des urnes dans le monde entier, ou, plus exactement, dans le monde civilisé, car les barbares ne sont admis à pratiquer les rites que s'ils sont cuits. Et, justement, leur degré de cuisson prête à controverse.

Le jour du premier sacrifice, les gens du peuple, après s'être purifié en s'isolant derrière un rideau, déposent pieusement dans le vase rituel un carré de papier au nom d'un candidat. De cette manière, ils supplient l'Empereur de Jade d'octroyer le mandat céleste à celui-là.

On compte les suppliques par nom de candidat, et l'on retient les deux qui en ont obtenu le plus.

Les autres sont éliminés.

Le second sacrifice, conduit selon les mêmes modalités, donne l'investiture du Ciel au candidat le plus populaire.

Qui ne le restera sans doute pas bien longtemps ...

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