Tombeau de Maurice Papon

Publié le par Nectaire Tempion

Un grand commis de l’Etat, comme le prouve, notamment, la fameuse journée du 17 octobre 1961. Voici  deux hommages à sa mémoire :

 

I

Do you love Big Brother ?

Les annales des Han de l'ouest ont conservé le souvenir de Mo Li-sseu, dont le nom personnel public était Pa-pong.

Cible d'une cabale, ce mandarin au sens de l'Etat exemplaire fut sévérement jugé pour son opportunisme et sa dureté de coeur.

Pourtant, la Chine n'est pas à un empereur, ni même à une dynastie : la Chine est à la Chine.

Par conséquent, l'adage : "les régimes passent, la police reste" ne veut pas dire "mange à tous les râteliers, sans état d'âme" ; il signifie "fais litière de tes sentiments personnels, pour assurer la continuité du service public".

Mais ceux qui sont incapables d'abnégation, insensibles à la grandeur, et indifférents à l'intérêt général, mesurent cela à l'aune de leur propre médiocrité.

 

II

Lecture édifiante

D'Henri Mouhot, "Voyages dans les royaumes de Siam, de Cambodge et de Laos" réédités chez Olizane, à Genève, en 1989, page 266 :

"Le digne magistrat ne put me cacher longtemps que ce qu'il prisait le plus dans l'évènement" ( le transport d'un éléphant blanc à Bangkok ) "c'était la faculté que l'ouverture et la réparation des routes allait lui donner d'imposer des corvées à ses administrés. Il m'avoua humblement... qu'il en imposerait beaucoup plus que la chose ne l'exigeait absolument, et que tous ceux qui voudraient s'en racheter le trouveraient disposé à traiter avec eux au prix modique de seize ticaux par tête, et que cette petite négociation, menée à bonne fin, le mettrait à l'abri du besoin dans sa vieillesse.

C'est, ajouta-t-il en terminant, ce que mes collègues, grands et petits, appellent proverbialement... faire sa moisson sur le dos du peuple. N'avez-vous pas, ô vénérable étranger, quelque expression équivalente dans la langue de votre pays?".

Service public.

Quoi, non ?

Un dignitaire qui n'a hérité, ni de sa charge, ni d'une fortune, est corrompu par nécéssité, pas par perversité. A sa place, comment feriez-vous pour désinteresser ceux qui ont financé votre carrière, tenir votre rang, établir vos enfants et faire votre pelote pour vos vieux jours ? Vos émoluments n'y suffiraient point.

Les mandarins chinois ne s'en seraient pas sortis non plus. Et pourtant... Car, s'ils se sont ingéniés à faire croire qu'ils étaient payés chichement, en réalité...

Mais la fable a la vie dure, comme le montre un échange un peu vif entre le Pr Tsa Tseu-ngo (pinyin: Zazie), et l'ancien ministre Ping-pong, lors d'un colloque mémorable, tenu dans l'auditorium Raymond Queneau au Collège de Pataphysique :

- Madame le professeur Zazie : Chichement, mon cul.

- Son Excellence Ping-pong : Tu parles comme un pet de ta mère.

- Madame le professeur Zazie : Fils d'oeuf de tortue, père de pute ! Combien d'enfants as-tu vendus aux barbares les plus cruels, dans l'espoir d'une promotion ?

- Son Excellence Ping-pong : Tu parles à ton père ! La petite peste sado-maso qui voulait devenir institutrice pour leur botter le derche, aux enfants, et avec des chaussures à bout ferré, encore, c'était moi, peut-être ?

Le Pr D. . . (il était venu incognito) ramena la sérénité qui sied aux débats académiques, en indiquant ce que gagnait, au-dessus du 3° rang, un fonctionnaire de la dynastie Song. Et de conclure : "Cette énumération vertigineuse, et non exhaustive, montre dans quelle misère vivent nos plus hauts fonctionnaires".

Sur le fond, c'était donc le Pr Tsa Tseu-ngo qui avait raison. N'empêche que les énarques devraient s'accorder une augmentation. Leur dénuement fend le coeur de tout bon citoyen.

 

 

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