Un contresens du Pr Jullien

Publié le par Nectaire Tempion

Je lis dans « Chine, la dissidence de François Jullien », Seuil 2011, page 186 : « …tant qu’on rendra fa, qui signifie la norme des punitions et des récompenses (la carotte et le bâton), par  “loi”, qui renvoie chez nous à un idéal de justice, on sera embarqué dans un contresens… »

Je mets zéro à la rue d’Ulm.

« Chez nous », la loi ne renvoie à aucun idéal. Les physiciens appellent « loi » une hypothèse confirmée par l’expérience. Quant à Kelsen, il fit florès chez les juristes, ses confrères, en considérant la loi comme un niveau dans la hiérarchie des normes.

Ces ricaneurs-pinailleurs que sont les juristes distinguent la coutume, qui est spontanée, de la loi, qui est édictée. Edictée par qui ? C’est ici que les politologues arrivent avec leurs gros sabots : par celui ou ceux qui, pour le moment, occupent la position de force.

La carotte et le bâton.

Désireux de persévérer, non dans son être (bla-bla-bla), mais le plus longtemps possible dans sa domination, donc à « faire la loi », au sens de Roger Vaillant dans « La Loi » (prix Goncourt), qui tient la queue de la poêle où frit le petit poisson fait des lois.

N’importe quoi.

Mais pas n’importe comment. La procédurière engeance des juristes prend ici sa revanche.

Graver des interdits sur des chaudrons de bronze à l’entrée d’un palais, car nemo censetur ignorare legem, est typiquement légiste. Au XX° siècle, Bao Daï, fils du Ciel du Sud Eminent, fit encore rédiger et publier un code pénal.

On notera au passage que, pour les Chinois, la France est le « pays des lois ». Elles y sont nombreuses et souvent saugrenues.

Pas n’importe comment, mais n’importe quoi.

Et le Pr Jullien ? Qu’il traduise « fa » à sa guise.

 

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