Un voleur pas volé

Publié le par Nectaire Tempion

L’Etat, c’est le Mal. Un grand Satan, eût pu dire l’ayatollah Khomeiny, s’il ne s’était hissé à la tête d’un Etat. On distingue des sociétés à Etat et sans Etat. L’Etat n’est donc pas nécessaire. C’est un mal superflu.

Un « Portement de croix », par Nicolas Tournier, était exposé au nouveau salon Paris-Tableau, voué à la peinture antérieure à l’impressionnisme. Le ministère de la …ture a fait savoir : « Nous revendiquons ce tableau comme propriété de l’Etat et il ne repartira pas du territoire ». Origine de propriété : une saisie révolutionnaire. Donc l’Etat se prévaut de sa propre turpitude.

On dit d’une œuvre d’art saisie par les autorités nationales-socialistes qu’elle a été volée par les nazis. Quand une peinture a été saisie par les Grands Ancêtres de la Grande Révolution, où  est la différence, surtout si le propriétaire a été raccourci, comme d’autres envoyés à la chambre à gaz ? Exemple : le président de Robien, dont les dessins sont au Louvre, a tâté du rasoir national.  Pas la même idéologie ? Foutaise ! « On dit [ou écrit, je ne sais plus] quelque chose pour obtenir un certain résultat » (Göbbels). Les nationaux-socialistes ont d’ailleurs invoqué, à l’appui de leurs revendications, les rapines artistiques de la Révolution et son fils Bonaparte.

L’armée française a retrouvé en Allemagne une partie du butin national-socialiste prélevé en France. Les objets ainsi « récupérés » ont été répartis entre différents musées. Ils y sont restés jusqu’à ce que Monsieur Jospin auquel, en l’occurrence, je tire mon chapeau, ordonne leur restitution aux ayants cause des victimes. Fort bien, mais les objets saisis révolutionnairement ? Sachez, cancres, que les collections de l’Etat sont inaliénables… jusqu’à désaffectation, ce qui s’opère en respectant le parrallélisme des formes. Sous cette réserve, leur propriété est imprescriptible.

Notre tableau, piraté à Toulouse en l’église des Pénitents noirs, a été déposé au Musée des Augustins de cette ville. Il a figuré dans les inventaires jusqu’en 1818. Ensuite, disparu. Le cas n’est pas unique, même hors d’Egypte . Il arrive même qu’on en retrouve, mal rangés, mal décrits, mal attribués, que sais-je. La disparition de ce « Portement de Croix » n’est pas synonyme de vol, mais de perte. Cela ne change d’ailleurs rien à la détermination de son propriétaire.

Un objet disparu depuis près de deux siècles, et retrouvé récemment en mains privées, à Florence, pourrait sans ridicule être désaffecté, puis vendu un euro symbolique à son détenteur actuel, avec licence d’exporter, si l’Etat était honnête homme.

Mais l’Etat est une crapule.

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