Une opération malhonnête

Publié le par Nectaire Tempion

Christie’s avait annoncé la vente d’une lettre très connue de Robespierre. Largement publiée, et d’autant moins intéressante qu’antérieure aux crimes du personnage, elle ne constitue pas une pièce à conviction.

Or, je lis sur le site de « Nord éclair », et sous la plume, non, le clavier de Madame Gaëlle Caron, en date du 9 décembre :

« Informée de la mise aux enchères de la missive, la ville d'Arras, berceau de Robespierre, a en effet immédiatement demandé au ministère de la Culture de faire valoir son droit de préemption. Cette spécificité du droit français lui a ainsi permis d'acquérir le lot 136 sans avoir à jouer des coudes dans la course aux adjudications. “Les enchères se sont déroulées normalement. Elles sont montées jusqu'à 10 000 E, mais juste après le dernier coup de marteau, l'acheteur a été dépossédé du bien au profit de la ville d'Arras” explique le conservateur. En comptant les 2 500 E de frais dus à Christie's (notamment la commission du commissaire priseur), la Ville a donc déboursé 12 500 E. »

Moi, j’écris commissaire-priseur, avec un tiret, mais l’orthographe est une mandarine. En revanche, la journaliste a écrit exactement : « Cette spécificité du droit français lui a ainsi permis d'acquérir… sans avoir à jouer des coudes dans la course aux adjudications. »

La prétendue « préemption » s’analyse en une postemption. En argot de brocante, il s’agit d’une révise, pratique réprimée sous le nom de coalition de marchands. La révise a pour objet, et pour effet, de fausser le jeu des enchères, en n’enchérissant pas les uns sur les autres. Après quoi, la fine équipe se répartit, selon des modalités d’ordinaire folkloriques,  les objets adjugés à l’un des copains. Le père Soupe révise par voie d’autorité : il se substitue à l’adjudicataire. Ce dernier paie quand même : il sera envoyé en possession si Big Brother ne confirme pas sa captation, ce qui fera planer un doute sur l’authenticité de la chose vendue ; dans le cas contraire, il sera remboursé.

L’acheteur subit donc un préjudice ; le vendeur un préjudice plus grave, dont on peut se demander s’il est compatible avec le principe constitutionnel de l’égalité devant les charges publiques.

Charges qui, en revanche, incombent sans conteste au contribuable, ici, le cochon de payant arrageois. Car les édiles dépensent les sous collectés par l’impôt (ou l’emprunt ?).

On appelle ça la rigueur, voire l’austérité ; en tout cas, les économies.

Mais comment peut-on ?

La puissance publique est un dieu auquel on doit faire des offrandes. Celle d’un autographe de Robespierre est particulièrement bienvenue, puisque cet enfant du pays est un Grand Ancêtre de la Grande Révolution.

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