Vif du sujet

Publié le par Nectaire Tempion

      Yes, we can.

 

Tu pues.

Mais élargissons le débat : l’autre sent mauvais.

Tant moralement que physiquement.

 

Au plan moral, deux points sont à considérer :

attitudes et idéologies.

 

Quant aux idéologies :

Il est bien évident qu’une doctrine est nauséabonde dès lors que l’on n’y  adhère pas.

Point n’est besoin de propulser une haleine avinée en la confessant urbi et orbi. La clamer, en chlingant du couloir, est une circonstance aggravante, mais un silence prudent suffit à la faire présumer.

Le superlatif de nauséabond est nazi, qui se prononce à la française, comme dans zizi.

Exemples : La Suisse est un Etat nazi, Pie XII un pape nazi, et Benoît XVI suit le même chemin. N’a t-il autorisé les curés à dire des messes en latin, alors que cette prérogative devrait n’appartenir qu’à l’évêque territorialement compétent ? Ce nazi bafoue les libertés gallicanes. En revanche, l’anticlérical Louis XIV n’était pas nazi. Contrairement à Napoléon .

Qui encore ?

Les homos ne sont pas nazis. Pas tous vraiment sympas, surtout s’ils sont officiers de la Légion d’honneur, à titre civil (Monsieur Bernard Clavel l’a refusée deux fois), chevaliers de l’Ordre du Mérite, chevaliers des Arts et Lettres, et occupent à la télévision un emploi bon à prendre. Certes, quand on remplit de telles conditions, on n’a pas idée de publier ses pensées intimes : quelqu’un pourrait les lire, et si ce quelqu’un-là était quelqu’un dans les média, s’en servir. Ça n’a pas raté. Un bon copain, ouvrant le journal de notre auteur en sa septième livraison, y découvrit de quoi le déstabiliser : exprimées en termes virils, des vues radicalement eugénistes, sur l’Afrique noire. Scandale. Le gouvernement du Niger porta plainte.  Notre homme animait une émission dominicale destinée à un large et fidèle public, ayant atteint une certaine maturité. On craignit un instant que ces téléspectateurs n’en fussent sevrés. Mais bientôt, on n’en parla plus, car la mort du mal embouché libéra le poste, tandis que Benoît XVI, encore lui, choqua profondément en tenant des propos homophobes.

Les homophobes  sont nazis.

Le jubilé catholique de l’an 2000 en a témoigné. Etabli en 1300 par Boniface VIII, ce jubilé, ou année sainte, tombe tous les vingt-cinq  ans depuis le pontificat de Sixte IV (1471-1484). Gagné, sans doute, par l’engouement général pour “le millénaire”, le Saint-Siège désirait célébrer celui de l’an 2000 avec quelque éclat.

Or, les autorités homosexuelles compétentes élurent la Ville Eternelle pour théâtre de la World Gay Pride 2000.  Je notai dans mon journal (car j’en tins un, inédit) :

Célébrons gayment l’année sainte

en emmenant le petit au cirque

La World Gay Pride 2000 s’est ouverte à Rome le premier juillet. Elle s’achèva le huit par une parade triomphale dans les rues de Rome.

En février, le Saint-Siège avait officiellement demandé aux autorités de la République italienne le report de cette manifestation après le jubilé.

L’affaire a mis dans l’embarras la classe politique italienne. L’autorisation de la marche du huit a été accordée alors que la World Gay Pride était déjà en cours. Mais la police a refusé aux participants l’accès au Colisée, où furent martyrisés les premiers chrétiens. Ils se rassemblèrent au Circus Maximus.

 

Le 2, une spicrine de France-culture sonna l’alerte : des “relents nazis” s’exhalaient depuis Rome ; ils émanaient de 700 individus “d’extrême droite”, ayant manifesté dans la rue leur hostilité au fameux défilé. La flaireuse ajoutait que des organisations catholiques avaient protesté contre le défilé.

 

Oui, le catholicisme pue. Mais,

Comme de la vertu, l’odeur a ses degrés.

 

Seuls, les catholiques d’extrême droite empestent naziment. Mais lesquels sont-ce ?

Autour de Marc Sangnier flottait un fumet déplaisant mais discret. En revanche, le chancelier Dollfusz poussait le catholicisme jusqu’à l’extrême droite. Les narines républicaines, socialistes et révolutionnaires du chancelier Hitler en furent offusquées : sur son ordre une désodorisation définitive de ce nazi de Dollfusz fut mise en oeuvre avec succès.

Reste à savoir qui, de nos jours, est d’extrême droite. C’est délicat, voire fluctuant. Il y a certes, au Front national, un noyau dur dont on peut d’ailleurs se demander si ses membres sont tous catholiques. Mais alentour ? Dire qui en est ou non exige du feeling. Ainsi, il m’est arrivé plus d’une fois, de lire dans telle ou telle feuille  que les royalistes  n’en sont pas. Jusqu’alors, je nous avais crus plus à droite que les républicains. Mais ce n’est pas systématique. Pourquoi sommes-nous parfois écartés de l’ostracisme? Nous sommes tellement idiots que ce serait nous surévaluer.  A l’opposé, les plus subtils distinguent entre extrême droite et droite extrême. Mais c’est beaucoup trop demander à l’imbécile que je suis.

 

Le 3, Amnesty International tint une conférence sur les droits bafoués des homosexuels.

 

Le 5, le “Monde” titra sur quatre colonnes, en page cinq :

“La World Gay Pride de Rome

tourne à la confrontation avec le Vatican.”

On y put lire notamment, les précisions suivantes :

« En signe de protestation, des groupes de catholiques traditionalistes ont organisé samedi soir, dans les faubourgs de la capitale, une retraite aux flambeaux. De leurs côté, quelques centaines de militants d’extrême droite, gestuelle néonazie à l’appui, ont parcouru les rues du centre avec pour mot d’ordre : “Lutter pour défendre l’ordre naturel et chrétien.”  »

Donc, deux contre-manifestations, l’une, traditionaliste, dans les faubourgs, l’autre, d’extrême droite, au centre-ville.

Donc aussi, pour l’auteur de l’article (M. Salvatore Aloïse), les traditionalistes sont moins à droite que les auteurs d’une “gestuelle néonazie”, puisque ceux-là sont “d’extrême droite”.

Etrange conception quand même de l’éventail politique. Car enfin, si l’on pose que la droite, c’est Lénine, la gauche se réduit, pour l’instant, à Mao et Pol Pot. Tout le reste bascule à l’extrême droite, mais pas ex-aequo. L’extrême droite commence immédiatement à droite de Lénine, c’est-à-dire avec Hitler, et s’étend jusqu’au comte de Chambord, en passant par Kautsky, Léon Blum, Herriot, Poincaré, Lyautey, et tutti quanti. Quel que soit l’angle de vue, les révolutionnaires sont plus à gauche, ou moins à droite, que les réactionnaires.

Mais basta !

Qu’entendre par “gestuelle néonazie” ?

Le salut hitlérien n’est pas néo ; le bras d’honneur est archéo-réac ; alors ? quand j’entends le mot pédé, je sors mon zizi ? ils seraient trop contents !

N’ayant pas assisté à la scène, je me perds en conjectures.

Dernière difficulté : “Lutter pour défendre l’ordre naturel et chrétien”; si c’est nazi, c’est foutrement néo ; les archéo-nazis défendaient l’ordre naturel contre la subversion judéo-chrétienne. Si vous ne me croyez pas, retournez à l’école !

Par archéo-nazis, j’entends les militants et les sympathisants du Parti National Socialiste des Ouvriers Allemands (NSDAP). Encore est-ce-là une concession de vocabulaire : à nazi, même archéo, je préfère  national-socialiste, pour ne point occulter les deux composantes majeures de l’hitlérisme.  Mais il en va des nombreuses variétés de socialisme comme des  caramels : il en est de mous, réformistes, et de durs, révolutionnaires. Celui du petit caporal de Bohême, comme disait Hindenburg, était dur.

 

Le 9, Jean-Paul II déclara :  “ Au nom de l’Eglise de Rome, je ne peux pas ne pas exprimer l’amertume suite à l’affront fait au Grand Jubilé de l’an 2000 et l’offense faite aux valeurs chrétiennes.”

La calotte est incorrigible.

 

Avec une gestuelle, même lourde de sens idéologique, nous abordons le champ des attitudes , qui peuvent être nauséabondes en soi. Cédons un instant la plume au plaisant conteur que fut Georges Blond. Dans son Histoire de la flibuste (le Livre de Poche n° 3183, p. 333), il expose :

“Au XVIII° siècle, la condition des galériens était un enfer, ils vivaient sous les coups et dans l’ordure, les galères de loin si belles à voir puaient tant que leurs officiers avaient dans le pommeau de leur canne du musc qu’ils respiraient de temps en temps. Cela n’empêchait pas ces gentilhommes [sic] d’afficher une morgue sans égale, je me demande si ce rapprochement n’est pas à l’origine de l’expression puant de vanité.”

L’auteur, ancien col bleu, n’aimait pas trop les officiers, sauf ceux de l’US Navy.

 

Mais passons du moral au physique.

 

A tout seigneur, tout honneur. En la bonne ville d’Orléans, le 19 juin 1991, une personnalité qu’on peut, sans cachotterie, se dispenser de nommer, prononça ces mots bien sentis :

“... le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ quinze mille francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne cinquante mille francs de prestations sociales, sans naturellement travailler... Si vous ajoutez le bruit et l’odeur, eh bien le travailleur français devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela.”

Le frichti imprègne le gourbi, dans cette HLM pluriculinaire, où la France du chou fait mauvais ménage avec des effluves venus d’ailleurs. Par respect pour  l’armée, je ne dirai rien des poireaux. Mais ce qui pue n’est pas la faune, c’est l’habitat.

 

De même, l’habit ne fait pas le moine. En octobre 1833 parut à Paris, sous la signature de Sidi Hamdan ben Othman Khodja, un  Aperçu historique et statistique sur la Régence d’Alger (réédité chez Actes Sud, en  1985 et 2003, sous le titre Le Miroir, avec une savante présentation due à Monsieur Abdelkader Djeghloul). Page 53, à propos des Berbères, on y peut lire :

“Les hommes se couvrent d’une étoffe de laine. Leur habillement a la forme d’un sac troué au milieu pour pouvoir y passer la tête : deux autres trous, pratiqués dans chaque coin, laissent une issue à leurs mains. Cette espèce de sac a une aune à peu près de largeur, et descend jusqu’à la moitié de la jambe ; le tissu est en laine noire et fabriqué par les femmes. Comme cette laine est mal lavée, lorsqu’elle est mouillée par la pluie, ellle répand une odeur insupportable... Ce vêtement se raccommode et dure jusqu’à ce qu’il tombe en lambeaux ;  ordinairement un seul suffit pour toute la vie d’un homme ; jamais il ne quitte le corps ; il se mouille et sèche sur le dos de celui qui le porte, soit par l’effet de l’air, soit par la chaleur du feu.”

Donc, ce n’était pas le Berbère qui puait, mais son vêtement.

 

L’homme est indissociable de sa nourriture que, non content de concocter, ou de faire cuisiner avec plus ou moins de talent, il ingère et digère, non sans expulser ce que la Cour de cassation qualifierait de surabondant. Notamment à l’état gazeux. On n’a pas retrouvé Le tirepet des apothicaires, mentionné par Rabelais. Mais Monsieur Antoine de Baecque a réédité, enrichi d’une préface de son cru, chez Payot, le manuel de référence : L’art de péter, dont l’édition originale avait paru en 1751, en Westphalie, chez Florent-Q, rue Pet-en-Gueule, au Soufflet, adresse qui, n’en doutons pas, ne leurrait personne ; chacun savait chez qui l’acheter : la veuve Duchesne, par exemple. Pourquoi en West-phalie, plutôt qu’aux Pays-Bas, dont l’Histoire, reliée en volumes factices, hébergea il est vrai maintes fois des aménagements destinés à  des matières moins volatiles ?  Le vent de l’Histoire  ne souffle pourtant pas de l’ouest.  Pet-en-Gueule mérite également l’attention, car ce souffle, auxquels philosophes grecs et sages chinois  reconnurent une nature, ou une efficace, spirituelle, trouve deux débouchés. Notre théoricien cite à propos Saint-Evremont, dont la maîtresse, comme bien l’on pense, était cruelle :

“Mon coeur, outré de déplaisirs,

Etait si gros de ses soupirs,

Voyant votre humeur si farouche,

Que l’un d’eux se trouvant réduit

A n’oser sortir par la bouche,

Sortit par un autre conduit.”

Le manuel dont nous parlons a, pour mémoire, consacré quelques lignes à l’expression orale. Est-il vulgaire de roter en société ? Laquelle ? Dans certaines, il est séant, lorsqu’on a bien mangé, bien bu, non de chanter :

- J’ai la peau du ventre bien tendue,

mais d’en témoigner par une éructation sonore. L’auteur nous en fait découvrir l’usage diplomatique : “n’a-t-on point vu, à la Cour de Louis-le-Grand, un Ambassadeur, au milieu de la splendeur et de la magnificence qu’étalait à ses yeux étonnés cet auguste Monarque, lâcher un rot des plus mâles, et assurer que, dans son pays, le rot faisait partie de la noble gravité qui y régnait ?”

Mais je manque à tous mes devoirs, car je n’ai point encore présenté l’auteur : Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut.

“Il est honteux, lecteur, dit-il, que, depuis le temps que vous pétez, vous ne sachiez pas encore comment vous le faites, et comment vous devez le faire”. C’est l’évidence même. Potassez donc, si m’en croyez, L’art de péter. Certes, l’étude en est aride, surtout aux débutants, mais c’est vrai de toute discipline.

Hurtaut définit le pet comme “un composé de vents qui sortent tantôt avec bruit, et tantôt sourdement et sans en faire”. Il combat la thèse contraire, minimaliste, qui s’appuie sur ce vers d’Horace :

Nam disposa sonat quantum Vesica pepedi,

qu’il traduit par : “J’ai pété avec autant de tintamarre qu’en pourrait faire une vessie bien soufflée”.

“Tout air qui s’entonne dans le corps et qui,  après y avoir été comprimé, s’en échappe, se nomme ventosité”. Subdivisions : le pet clair, la vesse et le pet de maçon. “Le vrai pet, ou le pet clair n’a point d’odeur, ou du moins si peu, qu’elle n’a pas assez de force pour traverser l’espace qui se trouve entre son embouchure et le nez des assistants. Le mot latin crepitus, qui exprime le pet, ne signifie qu’un bruit sans odeur, mais on le confond ordinairement avec deux autres ventosités malfaisantes, dont l’une attriste l’odorat et se nomme vulgairement vesse ou, si l’on veut, pet muet, ou pet féminin, et l’autre qui présente le plus hideux spectacle, que l’on nomme pet épais, ou pet de maçon.”

Ainsi, notre auteur récuse le maximalisme auquel il vient de se rallier. Il y a de vrais pets comme il y a de vrais républicains. Le pet de nonne  n’en est pas un vrai. Le vrai pet, d’appellation contrôlée, s’oppose à la sournoise vesse, silencieuse et pestilentielle. S’il n’est pas pertinent de parler comme un pet de sa mère, la comparaison montre bien que le pet n’est pas muet. Un pet de bonne compagnie rend un son mélodieux. Il en est même de diphtongues. Un des plus exquis est le pet de demoiselle. Plus délicieux encore, mais plus rare que le corbeau blanc, le pet de pucelle. Relisez Voltaire :

“Il y eut, enfin, une pucelle dans Orléans”.

 

Mais il est temps d’affronter ce que notre enquête comporte de plus redoutable : l’odeur propre, si l’on ose dire, du prochain.

 

Je sens la rose et le jasmin ; ceux de ma tribu sont inodores ; mais les autres ! Les femmes, d’abord : la salope d’élevage sent l’eau de Cologne, tandis que la salope sauvage a un fumet recherché par les amateurs de sensations fortes. Etiemble a déploré l’odeur de ce pied-bot acquis qu’était le pied bandé de l’élégante chinoise. Les dames de la noblesse mandchoue, à qui cette mutilation était interdite, n’en décoléraient pas, et d’autant moins que le véritable amoureux  buvait dévotement l’eau dans laquelle sa belle avait trempé ses lotus d’or.

 

Mais considérons le prochain sans discrimination sexiste.

 

La fétidité judaïque est notoire depuis l’antiquité romaine. On s’appuiera ici sur Une histoire du racisme (le Livre de poche références n° 575, paru en 2000), par feu le professeur Christian Delacampagne , qui soutint sa thèse sur L’Invention du racisme : Antiquité et Moyen Age. A ma connaissance, mais je suis une énorme lacune, la première manifestation officielle de racisme, en France, date de 1703. Mais si l’on étudie le phénomène dès l’Antiquité, on s’en forme nécessairement une conception extensive.  Voici ce que ça donne, à la première page de son introduction :

 

 “M. A., propriétaire d'un château en Bretagne, trouve qu'il y a trop de juifs dans les médias parisiens. Mme B., buraliste à Garges-lès-Gonesse, n'a rien contre les Noirs, pourvu que sa fille n'en épouse pas un. M. C., cafetier àStrasbourg, se méfie de ses clients arabes et musulmans (qu'il a d'ailleurs tendance à confondre les uns avec les autres, bien que tous les Arabes ne soient pas musulmans, ni tous les musulmans, arabes : mais M. C. n'a pas trop le temps d'entrer dans ces nuances). Mme D., spécialiste de la poésie romaine du Bas-Empire, dit pis que pendre des Italiens depuis qu'on lui a volé le sac Hermès qu'elle avait oublié dans sa Peugeot, aux environs de la plage d'Ostie. M. E. ne fait pas confiance aux femmes, ni Mme F, aux jeunes. M. G. méprise les chômeurs et les communistes, comme d'autres détestent les patrons et les flics. Mme H, n'a pas assez de sarcasmes pour les homosexuels. Quant à l'auteur de ces lignes, il se demande : y a-t-il quelque chose que tous ces gens aient en commun ?

 Oui, ces gens ont un point en commun : ils sont racistes. Ils en haïssent d'autres - non pas à cause de ce que ces autres font (ou ont fait, en tant qu'individus), mais à cause de ce qu'ils sont (en tant que membres d'un groupe artificiellement défini par le raciste lui-même). On peut dire, encore plus brièvement : le racisme, c'est la haine de l'autre en tant qu'autre. La haine du Noir en  tant que Noir, du flic en tant que flic, de l'homosexuel en tant qu'homosexuel.”

Prenons mon cas. Je ne suis pas raciste anti-jeune, car je suis jeune (c’est pas beau de ricaner). Mais je redoute les communistes en tant que tels, donc je suis raciste anticommuniste. Les flics me dégoûtent en tant que tels, car, le 6 février 1934, certains d’entre eux, dans l’exercice de leurs fonctions, donc en tant que tels, ont tiré sur une manifestation d’anciens combattants catholiques. Si je prenais parti pour les poulets contre les Poilus, je serais raciste anti-Poilus et du même coup républicain. Mais je prends parti pour les Poilus contre les poulets, donc je suis raciste anti-poulets et du même coup fasciste. Last but not least : je tiens les racistes pour des minables qui surcompensent leur infériorité objective en se targuant d’une supériorité imaginaire, donc je suis raciste antiraciste.

Mais l’auteur se corrige lui- même une page plus loin, quand il dit : “Le racisme ... [est] la croyance selon laquelle les «tares» psychologiques ou culturelles des membres du groupe détesté découleraient elles-mêmes, de manière automatique, de certaines propriétés physiques possédées, de naissance, par les individus en question. Autrement dit, de certains caractères « génétiques » qui feraient d'eux une « race ».”

Nul ne naît flic.

Mais le maximalisme conceptuel de notre auteur  n’invalide pas,  au plan factuel, les représentations qu’il énumère,  comme disent les ceusses qui causent le sciences-zu.

Page 51, notre auteur écrit : ”Martial nous apprend que les juifs sont sales. Ammien Marcellin évoque, en toutes lettres, « la mauvaise odeur propre aux juifs »”.

Puaient-ils encore au XVIII° siècle ? On s’en rapportera cette fois au journal d’une innocente demoiselle, qui n’avait aucune infériorité à surcompenser, puisque son papa était le duc de Mortemart. Victurnienne de Mortemart, née le 25 janvier 1759, fut emmenée dans l’Est, par papa-maman, en 1769. De mai à août, avec l’aide de son précepteur, elle rédigea bien sagement, sur son cahier d’écolière, le récit de son voyage. A Metz, le 26 mai, elle visita la synagogue (en réalité, une des deux) et nota : “Le peuple est très resserré dans le quartier qu’il habite. Il passe pour malpropre et est très puant. On s’en apercevait malgré l’ambre et les fleurs qi’ils avaient répandues pour nous recevoir.” (Mademoiselle de Mortemart : Un merveilleux voyage. Le journal d’une enfant pendant l’été 1769. Edition établie par Laetitia Gigault. Préface d’Isabelle Laboulais. La Nuée bleue, 2006 p. 36).

Dans l’entre deux guerres, des antisémites “de peau” (ceux que Maurras jugeait ineptes) prétendaient détecter les juifs à l’odeur...

 

Et les cagots ? Le professeur Delacampagne leur avait consacré un chapitre. Faux lépreux mais vrais parias, leur haleine et leur sueur ne laissaient pas d’être agressives. En 1876, un médecin nommé V. de Rochas compare encore leur puanteur à celles des albinos des Indes Orientales Néerlandaises (l’Indonésie, ça n’existait pas) auxquels les Hollandais avaient donné le surnom de cancrelats.

 

Car, bien entendu, le non-européen cocote. Mais le caucasien le lui rend bien.

“Fœtor tibetica” déplora le tibétologue italien Giuseppe Tucci, mais Madame France Guillain (Le Bonheur d’être nu, Albin Michel, 1997, p. 158) observa que, “dans le Pacifique et en Asie, les hommes peuvent souvent se contenter d’une pince à épiler pour leur barbe... Pour une Polynésienne, le poil abondant évoque plus sûrement l’odeur de l’Européen que l’idée de puissance. En Europe, en particulier dans le bassin méditerranéen, il semble que l’abondance des poils donne une impression de grande virilité : gros nounours ou grand fauve, vous avez le choix.” J’ignore si tel était le cas de Tucci ... qui ne pouvait pas sentir la calotte.

Mais voici qui est décisif :

En 1929, deux missionnaires luthériens découvrirent, en Nouvelle-Guinée, là où, depuis la côte, on ne voyait qu’un seul massif montagneux, qu’en réalité il y en avait deux, séparés par un plateau, creusé de profondes vallées. Dans cet entre-deux vivait une population inconnue, et nombreuse. Peu soucieux d’en faire profiter les missionnaires catholiques, les égoïstes gardèrent ça pour eux. Pas longtemps, car, en 1930, un prospecteur d’or, en quête d’un nouveau gisement, pénétra en un lieu où la main de l’homme blanc n’avait jamais mis le pied, quoique le char de l’Etat colonial ne voguât point encore sur un volcan. Mais un bureaucrate australien, gentleman, pour un fonctionnaire, ne tarda pas à y être nommé. 

En 1930 donc, eut lieu le premier contact entre les premiers blancs et des aborigènes. Dans un premier temps, les seconds prirent les premiers pour leurs ancêtres revenus en ce monde. Kize Kize Obanesco se souvient  :  “ « Comme nos anciens voulaient aller les étreindre  et les embrasser, les Blancs ont tendu un cordon d’enceinte pour nous tenir à l’écart. » Outre la corde, Kize Kize se souvient que l’étrange odeur des Blancs avait elle aussi un fort pouvoir dissuasif. Elle ne ressemblait à rien qu’ils eussent déjà senti auparavant et elle les épouvantait. C’était là une sensation réciproque. « Les moricauds sentent affreusement mauvais», note Leahy dans son journal.

Gavey Akamo se souvient du campement des Blancs à quelques centaines de mètres de son village au milieu de la vallée Asaro. « Ces étrangers avaient une odeur entièrement différente. Nous pensions que cette odeur pouvait nous tuer, alors nous nous recouvrions le nez avec les feuilles d’une plante spéciale qui pousse près des concombres. Elle sentait particulièrement bon et masquait l’odeur. » (Bob Connolly et Robin Anderson, Premiers contacts, les Papous découvrent les Blancs, postface de Jean Guiart, Gallimard 1989 pour la traduction française et la postface, p. 37).

 

J’entends d’ici le reproche du professeur Daniel Lefeuvre : “Oubliée, la lutte des classes !... Au musée la CGT ! Place au MRAP !” (Pour en finir avec la repentance coloniale, Flammarion, 2006, p. 219).

Pourquoi la CGT d’un côté, le MRAP de l’autre, plutôt que, par exemple, l’Union des Femmes Françaises ? Que penserait le professeur, si un catholique opposait la JOC à la CFTC, ou bien si un républicain, chaud partisan de la Fédération des Amicales Laïques, vomissait la Ligue de l’Enseignement ?

Mais je ne perds pas de vue la lutte des classes. En effet, n’écrivis-je point, dans mon journal, il y a déjà quelques années ?

 

Catéchisme

Avant la Révolution, LA noblesse exerçait le pouvoir ; pendant et après, LA bourgeoisie.

Un bon citoyen a le devoir de croire en ces vérités socialistes.

Et un mauvais élément ?

Le lavage de cerveau, l'hôpital psychiatrique, la guillotine, les mariages républicains, la balle dans la nuque, la chambre à gaz. ..

Mais en attendant ?

L'esprit le plus tordu ne peut tout de même pas contester que le pouvoir est exercé par des concepts de catégorie.

Evidemment, l'un après l'autre. L'Histoire condamne les concepts de catégorie qui ont fait leur temps.

Nier cela relèverait, d'une part, de l'hérésie nominaliste, et d'autre part, d'une mauvaise foi éhontée.

Car, si la sourate mise en doute se bornait à enseigner que les détenteurs du pouvoir étaient tous nobles avant, tous bourgeois pendant et après la Révolution, les irrécupérables en feraient encore des gorges chaudes, et ne manqueraient pas de citer Robert de Flers, qui, dans " Les nouveaux messieurs ", fait dire à un syndicaliste chevronné:

"- Mon fils, n'étudie jamais l'histoire, tu deviendrais réactionnaire".

 

Je n’ai pas varié depuis, et pour le bien montrer, j’assume cet autre passage, olfactif et social, de mon journal:

 

Pompons la merde,

et pompons-la gaiement

 

Des vidangeurs remplissaient leur office.

Une bourgeoise vint à passer : "ça sent le peuple", déplora-t-elle, et elle se pinça les narines.

Survint un hobereau de province : "ça pue le bourgeois", jugea-t-il, et il se boucha le nez.

Parut alors un intellectuel : "ça fleure délicieusement le pouvoir", jubila-t-il, et il saliva.

 

Pendant ce temps, les vidangeurs poursuivaient leur travail, arguant que les vidanges sont inodores, et que l'argent qu'elles rapportent n'a pas d'odeur non plus.

 

Quand soudain :

- Chef, un malheur ! un homme est tombé dans la fosse.

- sauvez-le, sauvez-le. ! glapit une voix féminine.

Glou, glou, glou..

- Trop tard.

Oh, merde !

C'était un chômeur en fin de droits.

Le chômage a reculé.

 

Et les adeptes de l’amour grec ? Pour se protéger de la fétidité hétérosexuelle, le tonton de Zazie s’enveloppait dans un nuage de Barbouse, de chez Fior.

 

En effet, quand tu pues aussi fort que ton voisin, et de la même odeur, tu trouves qu’il n’en a pas ; sinon...

Mais la lassitude me gagne , et mon lecteur aussi, sans doute. Il me déplaît, pourtant, de clore cette enquête inconvenante sans un mot de compassion pour les malades, parfois malodorants, ni de considération envers ceux qui les soignent. Indigne, je cède la parole à un chevalier de Malte :

“... un hydropique se meurt dans de grandes souffrances. Personne ne s’approche plus de lui tant il est répugnant et son odeur insoutenable. Apprenant cela, le Commandeur résout d’aller le voir deux fois par jour et cela durera trois mois. Il lui apporte nourriture, draps de lit, remèdes. Il «changeait ses linges et lui rendait les services les plus bas»...” (Raymond de Boissard-Sénarpont, Le Commandeur Gabriel du Bois de la Ferté, Editions Pays et Terroirs, 2006, p. 172. On lira aussi la page 173).

La voilà, l’odeur de sainteté.

Et maintenant, son épitaphe (ibidem, p. 205) :

 

Hic Jacet

Gabriel  du  Bois

de  La  Ferté

eques ordinis S. Joannis Hierosolemitani

Commendator  de Thevale

quem terra marique zelus fidei

et morum sanctitas

commendabilem fecere

semper sibi parcus,

pauperibus nunquam,

vere pauperum pater.

Obiit 28 decembre 1702, aetatis 60.

 

58 ans, mais peu importe : vere pauperum pater.

 

Caritas est le mot latin pour amour.

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