"Les petits cabinets de campagne"

Publié le par Nectaire Tempion

Belle chanson, tirée du vécu.

Mon vieux copain  le P., non, Monsieur Huc, exposait au milieu du XIX° siècle :

« Dans les provinces méridionales, les Chinois préparent leurs terres et surtout les rizières avec de l’engrais humain, qu’ils répandent à profusion…Si l’on ne connaissait pas tout le prix que les habitants du Céleste Empire attachent à cette sorte d’engrais, il serait impossible de concilier l’égoïsme chinois avec l’existence de ces innombrables petits cabinets, que les particuliers élèvent de toutes parts pour la commodité des voyageurs. Il n’est pas de ville ou de village où il n’y ait, sur ce point, une concurrence effrénée. Sur les chemins les moins fréquentés, dans les endroits les plus déserts, on est tout étonné de trouver des maisonnettes en paille, en terre et quelquefois en maçonnerie. On croirait être dans un pays où la sollicitude pour les établissements d’utilité publique est poussée jusqu’à l’exagération. En réalité, l’intérêt est le seul mobile de toutes ces créations utiles… Les Chinois ont tellement la manie de l’engrais humain, que les barbiers recueillent avec soin leur moisson de barbe et de cheveu et les rognures d’ongle, pour les vendre aux laboureurs qui en engraissent les terres. C’est bien là, dans toute la force du terme, l’exploitation de l’homme par l’homme. »

(« Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Thibet, suivis de L’Empire chinois », réédition Omnibus 2001, pp. 1060-1061).

Un demi-siècle plus tard, l’impératrice Tseu Hi, avec une morgue qui ne surprendra pas chez une aristocrate mandchoue, appellera sa chaise : « la maison des mandarins ». Son PQ sera découpé en triangles.

Mais il y avait déjà du PQ au dix-septième siècle.

Monsieur Rainier Lanselle, ce mauvais sujet, a traduit un texte composé de quatre contes fort irrespectueux pour l’ordre alors établi. Le dernier est le plus inconvenant.  Qu’y lit-on ? Une réclame ainsi conçue : « les nouvelles fosses d’aisances de la famille Mu, délicatement parfumées, sollicitent respectueusement le patronage des gentilshommes résidant auprès comme au loin. Le papier de cabinets est fourni par l’établissement ».

« …tous, jeunes ou vieux, accoururent expérimenter les lieux nouveaux… [ces campagnards] qui d’habitude se torchaient l’endroit – ô combien difficile à tenir propre ! – avec un peu de paille de riz ou des débris de tuile, pouvaient difficilement ne pas s’émouvoir en voyant qu’on leur proposait gratis du papier de cabinets ; Certains, d’ailleurs, après avoir fait leur gros besoin, ne s’essuyaient même pas et emportaient le papier chez eux »… Quelques femmes du peuple demandèrent « s’il y avait des commodités réservées aux dames ». Le marchand de la précieuse matière en ayant fait construire, elles « honorèrent l’endroit plus encore que les hommes… Très vite, tous les laboureurs des environs affluèrent pour lui acheter sa marchandise en gros, au tarif d’une sapèque la palanchée. Certains faisaient du troc… Depuis qu’il avait acheté ses fosses à purin, le patriarche Mu était devenu fort cossu… »

Faut dire qu’il n’avait pas lésiné en édifiant dans son village ces goguenots collecteurs : en maçonnerie, aux murs chaulés de blanc, « luxe que ces campagnards n’avaient même pas dans leurs chambres à coucher ».  Il avait même fait rédiger, par le maître d’école, une tablette de frontispice, « grande plaque de bois, souvent laquée et gravée, expose en note le traducteur, que l’on place au-dessus de la porte d’entrée d’un lieu vénérable (temple, cabinet de lettré, grande demeure, ou même jardin) ». L’instituteur avait recopié l’inscription figurant sur un portique d’honneur, octroyé par le fils du Ciel pour honorer une famille : « salle des Noblesses ». Littéralement, note Monsieur Lanselle, « grande salle (d’apparat) des différents degrés de la hiérarchie nobiliaire ».

Le système nobiliaire chinois était extravagant. Néanmoins, je suis outré. Vous aussi, n’est-ce pas ? Renonçant à poursuivre une si mauvaise lecture, je célerai que les quatre contes ont été publiés sous le titre : « Le cheval de jade », par la maison Picquier, en 1991, et réédités en Picquier poche, en 1999.

Circonstance aggravante : le traducteur n’a pas romanisé en EFEO, comme un lettré, fût-il indigne, mais en pinyin, comme un laquais.

Le pinyin et les caractères simplifiés ont été créés, sous le président Poil, grand timonier, grand pilote, à l’usage interne. Il s’agissait de couper les jeunes des caractères normaux, donc de la civilisation qui est assise dessus.

A Paris, les intellos, plus collabo, tu meurs, s’en sont entichés. En revanche, depuis quelques années, des sinologues francophones, et non des moindres, ont amorcé un retour à l’EFEO. Ce qui s’est passé sur la place de la Paix-Céleste n’y est peut-être pas tout à fait étranger.

Le pinyin s’est inscrit dans une stratégie de décadence.

Aux chiottes, les légistes et leur postérité, président Poil inclus ! Honneur à Confucius !

 

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